C’est parti pour l’Asie

La bicyclette est toujours entière à Langkawi !


Voici un courrier un peu long, mais je n’avais pas envie de zapper les détails d’un tel évènement dans mon périple : ce n’est pas tous les jours qu’on reprend la route pour une deuxième moitié de tour du monde. Et puis, personnellement, je me lasse vite des récits qui racontent uniquement ce qui fonctionne en omettant les coups durs, car la vie ce n’est pas tout rose.

C’est donc avec grand plaisir que je partage mes notes avant le départ et à mon arrivée en Malaisie le 06 juin. Depuis j’ai parcouru environs 2 000 kilomètres à travers la Malaisie, la Thaïlande et le Laos, où je suis actuellement dans l’attente du visa chinois. Courage pour tenir jusqu’au bout de la lecture.

Ça bricole pour réaliser ses rêves

Dix mois. J’ai encore du mal à réaliser que cela fait déjà presque un an, que ma famille et moi, avons accompagné ma mère jusqu’à son dernier souffle. J’ai encore l’impression que je vais l’appeler cette après-midi ou la voir ce weekend. Jusqu’à décembre, je pensais pouvoir partir en janvier. En janvier je pensais partir en mars. Et puis après, j’ai cessé d’en parler par peur d’encore repousser.

Pas assez de sous, des négociations interminables, de l’administratif obligatoire dû aux successions qui n’en finissent pas, il y a des étapes incontournables. Au début, j’ai cru naïvement pouvoir repartir rapidement. Mais ni ma sœur, ni moi, n’étions capable d’imaginer une seconde tout ce que cette succession à plusieurs niveaux nous infligerait. Il faut dire qu’on n’a pas de bol avec les décès de ma grand-mère en 2021, de mon beau-père en 2022 et de ma mère en 2023, ayant pour conséquence l’enchevêtrent des successions en mode poupées russe.

Alors en attendant, j’ai dégotté un boulot proche des montagnes dans les Alpes Suisses, qui m’a permis de bricoler mes rêves, avant de reprendre le projet initial. D’être à la fois proche de ma famille et des maisons à vider, ainsi que vivre au pied des montagnes. Bricoler, j’entends par là rassembler un petit budget, étudier les cartes, le timing, les saisons, les visas, bosser fort, mais dans un coin permettant de respirer en volant en parapente de temps en temps notamment au Rochez de Naye, la Tour d’Aï, Dent de Jaman, Dent de valère, et des Dents du midi ou encore chez ma soeur au dessus du Sappey en Chartreuse avec mes premiers envols ski aux pieds.

Bricoler ses rêves c’est aussi avancer sur les trucs moins rigolots qui doivent être terminé afin de repartir : les rendez-vous de notaires, les procurations, les factures, trier les affaires de familles qui te projettent vingt ans en arrière et s’en séparer aux trois quarts, car on ne peut pas tout garder sur trois générations, tomber sur les photos de celles qui ne sont plus là, vider les maisons dans lesquelles des miliers de souvenirs se bousculent, tourner la page et garder le minimum.

N’ayant plus de chez moi depuis mon départ en 2020, d’une part, je ne savais pas trop où stocker les affaires de ma mère et de ma grand-mère malgré le trie drastique, et d’autre part, je n’avais pas le sentiment de pouvoir rester tranquillement quelque part sans au bout d’un certain temps finir par déranger. C’est grâce à Yves et Olivia, hyper flexibles, hyper généreux comme toujours, que j’ai un stockage idéal sans encore réduire mon budget, et c’est grâce également à Hélène que j’ai pu trouver refuge comme à la maison.

Voir le positif et ce qui indique le chemin

Un des points positifs parmi tout ce binz était d’avoir des moments privilégiés à passer avec mon père et ma soeur, sur des temps longs et de qualité. Ce qui ne nous était pas arrivé depuis une paire d’années. Un papa qui garde la tête froide, qui écoute attentivement, qui conseille, mais n’exige pas, et qui encourage à dépasser ses limites, là aussi, j’ai de la chance ! Quel plaisir d’être présente pour les anniversaires, pour les amis, pour la grossesse ou suivre le projet de maison, tout ce qui n’est pas possible en voyage au long court et qu’on voit passer de loin.



Je ne sais pas à quoi je me raccrochais pour tenir le coup, et pour toujours nourrir cette envie de me rendre en Himalaya. Mon envie de repartir ne m’a jamais quitté mais je savais pertinemment, que plus le temps s’écoulait, et plus il serait difficile de repartir.

Ce nouveau départ était loin de faire l’unanimité, et pourtant, je savais que je prenais le bon chemin. J’ai conscience qu’il y a une grande part d’égoïsme dans cette décision salvatrice, car mon absence n’est pas idéale et pas réconfortante pour ma famille essayant de se reconstruire après la tempête. J’ai conscience de repartir en voyage à vélo avec un deuil sur les épaules, qui impliquera un rythme différents, des responsabilités nouvelles et des imprévus à gérer à distance. Mais reprendre la route n’était pas négociable.

De nombreuses personnes me montraient le chemin.

À commencer par la rencontre d’Umesh, ce brillant officier népalais qui clôture son master par un an de formation dans la Police à Lyon. C’est dans l’avion qui me ramenait vers ma mère, que nous allions débuter une amitié, puis apprendre de nos différences de cultures, et même plus tard préparer un peu la logistique de l’expé au Népal.

Mon moteur fut aussi la sérénité et le réconfort trouvé chez Hélène, hôte du groupe d’entraide de cyclistes warmshower qui me proposa d’être sa colocataire. Son expérience, sa philosophie de vie, son éthique m’apprennaient un peu plus chaque jour. La tendresse des deux minuscules matous qui vivaient avec nous me réchauffait le cœur. C’était grâce à Hélène, si je croyais en cette reprise en acceptant les délais, et les événements comme ils viennent.

Un joli coup de pouce fut celui de l’équipe de la Guilde, qui m’appela le jour de l’enterrement de ma mère, sans le vouloir évidemment, pour m’annoncer l’obtention de la bourse du Raid. Là, je me suis dit, la roue tourne finalement, aussi pour moi, il n’y a pas que des catastrophes.
En plus, cela m’a permise d’être invité au Festival des Écrans de l’Aventure et d’échanger avec Kirsten Neuschäfer, devenue en 2023 la première femme à remporter un tour du monde en solitaire à la voile, qui a d’abord traversé l’Afrique à vélo … Tiens donc.
Également, une rencontre qui m’aura inspiré une grande motivation est celle de Yann Quenet, avec qui nous partagions le même stress et le même inconfort face à cette salle de cinéma qui attendait nos discours respectifs pour avoir reçu ensemble la bourse du Raid 2023. On était franchement d’accord pour dire que c’était vachement plus simple de traverser un océan à la voile que de parler en face de 500 personnes. Yann préparait alors son deuxième tour du monde sur son voilier de 4 mètres.

Eric Brossier, assis devant nous au festival, qui m’encouragea à reprendre la route, continuer d’écrire ce qui m’arrive et puis publier. Eric est un navigateur géophysicien de l’IPEV (Institut Paul Emile Victor), qui m’a fait tant rêver en 2011 par ses hivernages au Groenland en duo avec France Pinczon du Sel, qui accueillirent de équipes scientifiques à bord de Vagabond, et eurent deux filles nées en Arctique.

Auxquelles s’ajoutent les rencontres brèves de Tendi Sherpa (guide IFGMA et multiple summiter du Manaslu, Everest, K2, etc) et Sophie Lavaud (summiter des quatorzes 8000m) avec leurs conseils d’acclimatation.

Et enfin, les amis qui ont eu les bons mots au bon moment : Shelagh, Claudie, Manu, Miriam, Joe, Calypso, Alice, Michel, Sarah, Gilles, Gillou et JP.

Comme m’a dit Hélène, « c’est maintenant ou jamais ». J’ai donné mon maximum, fait de mon mieux pour tout ce que j’avais à terminer en France, et puis j’ai donné ma démission discrètement, en décidant fermement qu’il était temps d’arrêter de me faire voler mon temps et ma vie par le système. Billet d’avion pris en aller simple, bonzaïiïiïi !!!

C’est parti pour l’Asie

Je repars donc bille en tête : retrouver le vélo et rejoindre l’Himalaya.
En quelques heures d’avion, me voici télescopé à Langkawi, sur l’île la plus au nord de la Malaisie juste en face de la Thaïlande. En mon absence, mon vélo fut sorti du catamaran par le capitaine du bateau que j’avais skippé de Darwin à Sumatra, et soigneusement stocké chez un ami à lui. J’ai eu de la chance sur ce coup-là.

Heureuse d’être à Langkawi, et déjà l’aventure commence avec la découverte du nord de l’ile et ses falaises karstiques



C’est le début de la saison des pluies, je ne sais pas du tout à quoi m’attendre et je ne connais pas le pays. J’ai l’adresse de Greg, un navigateur néo-zélandais retraité, qui a gardé mon vélo dans son hangar sans me connaître. Perché en haut d’une colline recouverte de jungle, j’arrive à la bonne adresse, il est écrit « Aroha » (amour en maori). Greg m’accueille naturellement et simplement, sa petite chienne m’adopte immédiatement. Je découvre le personnage à travers ses anecdotes de ses courses sur les océans, notamment de la Whitbread et de la Sydney-Hobard.

Langkawi

Langkawi signifie milan brun, du nom de l’aigle qui survole ses falaises. Je prends ce joli nom comme un clin d’œil et comme un bon présage pour ce nouveau départ.
Je suis soulagé, et hyper contente, le vélo ressemble toujours au saucisson que j’avais emballé en embarquant à Darwin. Il est entier et sans une égratignure, sauf toutes celles de la première moitié de ce tour du monde. Les quatre sacoches sont aussi là, avec en plus une petite pellicule de champignon, mais ça me parait finalement assez raisonnable au vu des 36°C combinés au taux d’humidité ambiant.
Le vélo est remonté et j’en profite pour entraîner les jambes autour de l’île et m’acclimater à cette chaleur étouffante. Le choc est renversant, juste en bricolant le vélo, mon corps se liquéfie. Finalement, quand je pédale, c’est mieux, car j’ai un peu d’air.

Sur l’île, il n’y a pas forcément de pluie, sauf à 17 h, c’est l’heure d’un potentiel torrent tropical qui s’abat en quelques minutes. Les rizières sont bien remplies et devraient normalement faire office d’atterrissages pour les très rares parapentes à la période sèche. Je découvre l’île avec Zul, un policier et parapentiste. La propriété des sites de décollage, notamment du Mont Gunung Raya, est en (très long) pourparlers avec l’état depuis le covid du coup la jungle à pousser. Pas de vol mais une belle journée à sillonner l’île.

un milan brun et un aigle blanc en approche
Au loin, la Thailande
Nord de Langkawi
Survole de la jungle

Une dernière marina pour la route

Je dois rejoindre la Thaïlande pour ensuite théoriquement monter à bord d’un cargo de Phuket. Je vise donc un cargo, et non pas un voilier, car ce n’est plus la saison des départs. Les vents et les courants se sont inversé en avril, c’est-à-dire, avant avril, ils poussaient les voiliers vers l’Inde, après avril, le vent est dans le nez avec de nombreux orages dans l’Indien.

Monocoque au bimini gris et bleu d’Edward, au fond

Pour éliminer d’éventuels scrupules je vérifie si des voiliers partent dans la même direction que moi. Je visite la marina de Telaga Harbour certainement aussi car l’ambiance des quais me manque, où ça bricole pour réaliser ses rêves, où la mer et le vent font battre des drisses sur les mâts, il y en a que cela dérange, moi ça me fait quelque chose. Que c’est bon de revoir la mer.
Le quai de Telaga est presque désert mais je rencontre Edward, qui est entrain de construire son deuxième bateau tout en bois et d’environs 6 mètres.

Projet d’Edward à Langkawi en cours de construction

Ce qui me rappelle deux bonhommes dont un que j’ai eu la chance de rencontrer cet hiver, Yann Quenet (voilier baluchon 4 mètres), et l’autre, c’est mon ami Gilles Melon rencontré lors de son tour du monde en 2021 avec qui j’ai navigué de la Martinique au canal de Panama sur son Sterne de 7 mètres.

De « petits bateaux » pour un grand esprit d’aventure, voici l’un des points communs de ces trois navigateurs, avec la sympathie, la simplicité, et toujours un projet de mer un peu fou en cours. Yann vient de repartir discrétos pour un deuxième tour du monde vers des latitudes plus fraîches. Gilles construit avec ses enfants un nouveau bateau de type scow, le Brassemer, aussi petit mais plus rapide et avec des idées de latitude patagonienne et n projet d’expédition à la fois scientifiques et artistiques sur l’Artémise. À suivre absolument !

De mon côté, à Telaga aucun voilier n’est vraiment prêt à partir, peut être un catamaran dans quelques semaines direction Phuket, mais je ne veux plus attendre, je veux avancer.

Fabriquer son itinéraire au fur et à mesure

Pour le moment, ce ne sont pas les hautes latitudes que je vise, mais bien les hautes altitudes.
Mon idée est de rejoindre petit à petit le Népal en arrivant à la belle saison de parapente et de montagne dans les vallées autour de Katmandou (Septembre / Octobre / Novembre).

Afin de rejoindre le Népal depuis l’Asie, il y a théoriquement 3 options. Je précise théoriquement, car la réalité des conflits change la géographie des routes, autrefois accessibles, et aujourd’hui inenvisageables.


L’option A consistait à embarquer sur un cargo type conteneur depuis la Thaïlande jusqu’en Inde afin de remonter ensuite à vélo l’Inde. C’est mon option favorite que je vais explorer depuis Phuket, mais qui s’avérera impossible.

L’option B comme Birmanie, est l’itinéraire terrestre le plus court, traversant l’Asie par d’abord la Malaisie, la Thaïlande, la Birmanie, l’Inde puis le Népal. Le conflit opposant la Junte Birmane, autrement dit le gouvernement militaire, contre les forces de résistance organisées par les civils, semblait d’emblée compromettre cette option, et cela, depuis 2018. Les voyages ne sont pas autorisés sauf cas d’extrême urgence. Je tenais à vérifier la réalité du terrain par des témoignages et d’autres sources moins alarmistes. J’en fais état juste après.

L’option C comme Chine, est l’itinéraire terrestre le plus long, mais aussi le plus sécurisé passant par la Thaïlande, le Laos, la Chine, le Tibet, et le Népal. C’est l’option qui me fait le plus peur par la distance à couvrir et le dénivelé, et qui a un coût non-négligeable pour accéder au Tibet contrôlé par la Chine. Il semblerait que cette option soit la plus probable.


Pour lever les doutes sur la Birmanie (juin 2024)

Sur la route, de nombreuses personnes me demandent « pourquoi ne pas traverser la Birmanie ? » en s’appuyant sur l’expérience d’amis ayant « voyager » en Birmanie dans l’année. La majorité des gens ne visualisent pas exactement ce que j’entreprends, quand voyage signifie pour eux vacances, c’est-à-dire : avion, hôtels, visites, avion, cela signifie en réalité entrée et sortir par les postes frontières terrestres, puis traverser tout le pays, dont les zones non-touristiques.

Pour être certaine de tirer une croix sur cet itinéraire, j’ai recherché les dernières infos accessibles librement. Ces cartes sont disponibles pour ceux qui travaillent avec les systèmes d’information géographiques (GIS) comme je l’ai fait pendant ma thèse. C’était grâce à un entretien d’embauche au milieu de ma thèse avec une branche des Nations Unies (poste finalement décliné pour terminer mon doctorat), que j’avais alors appris l’existence de ces cartes : impact-initiatives.org. Les cartes sont même actualisées de semaine en semaine pour comprendre les flux de déplacés, les attaques à terre, et les contrôles militaires. Cela permet aux unités d’aides internationales de savoir où agir.


Bref, en Birmanie, les combats ont redoublé depuis 2023 dans les zones frontalières et les mines anti-personnelles sont à la fois sur les routes et sur les sentiers en campagnes. La Birmanie est le troisième pays au monde le plus touché par le fléau des mines après l’Afghanistan et la Colombie et c’est le seul qui continue régulièrement à en produire et en disposer (Human Rights Watch).
En parallèle, j’avais contacté deux Birmans cyclo-voyageurs, car oui, les Birmans furent aussi à une époque pas si lointaine, libre de circuler et de voyager. Leurs réponses étaient concordantes : les villes principales comme Yangon, Mandalay et Bagan peuvent être visitée par avion, mais sans pouvoir sortir de ces zones par des postes de contrôles tenues par la Junte. Kayin, Chin et Saiging dans les zones frontalières « sont des zones de combats lourds, où, les forces de résistances [les civils] gagnent du terrain, cependant la répression de la junte est brutale tuant de milliers de civils ». Ils poursuivent : « La junte vous empêchera strictement d’accéder à ces zones. Nous aimerions avoir une chance de vous recevoir dans un futur proche quand tout sera fini ». Bouleversé, j’ai presque honte d’avoir osé me renseigner.
Conclusion, pas de visa délivré à la frontière birmane, pas de transit rapide possible ni en vélo, ni en pick-up, ni en bus. On ne peut pas traverser le pays de part en part sauf risque fort de se faire arrêter dans les postes de contrôle le long de la route, sans parler des mines. Moi je ne m’y engage pas. Je peux vous dire, que je pense souvent à eux en remontant la frontière Thaïlande – Birmanie, qui n’est qu’à une cinquantaine de kilomètres de là.



Je vous raconte bientôt la suite qui se déroule en Thailande.

Bises, viva la bicleta & pura vida !

Publié par Sandrine

Sandrine ROY | circumnavigating the globe since 2020 and cycling across the continents.

2 commentaires sur « C’est parti pour l’Asie »

  1. Chère Sandrine,
    C’est avec beaucoup de joie et d’émotion que je retrouve tes récits. Je découvre aussi tout ce que tu as traversé, le décès de ta maman…
    Je continuerai à te suivre avec grand plaisir.
    De notre côté, nous sommes rentrés en France depuis août 2023. La lumière de Tahiti nous manque tellement…
    Je t’embrasse,
    Marie Eve, Davy et les enfants.

    1. Bonjour Marie Eve, Merci et quel plaisir de te lire !

      Ton message me rappelle nos moments à Mahina autour de bon repas et à apprendre quelques notes d’Ukulele !
      Poursuis-tu quand même la danse et Dave la musique depuis votre retour en 2023 ?

      J’imagine bien que Tahiti peut vous manquer, à Dave et aux enfants également.
      Sous de nombreux aspects Tahiti est irremplaçable.

      J’espère que vous prenez vos marques sur nos terres, en profitant l’hiver dernier de la neige, des montagnes, et en ce moment des jeux olympiques.
      Dans quelle région avez-vous été muté ?
      Bises à toute la famille depuis le Laos.

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