De terribles cols pour rejoindre Tikal

Le temps d’un instant suspendu, la douceur du ciel Guatemaltèque nous échappe de la dureté de ses routes.

Au Lac Atitlán, haut lieu du vol libre guatémaltèque, nous passons une semaine chez Léo et sa famille aux bonnes vibrations Argentines. Depuis sa terrasse, on scrute le ciel à la recherche des meilleurs créneaux de vols. Sandrine appelle ça le « wind-waiting », de la patience, et beaucoup d’observations de la nature.

Léo est un parapentiste Argentin, il a bourlingué avec sa voile sur bon nombre de décollages d’Amérique latine et ses connaissances locales sont précieuses. On partagera de très beaux vols surplombant ce lac sublime, bordé par des volcans de plus de 3500 m.

Une légèreté qui nous fait oublier la rude vie de cyclo-voyageur. La vie sur la route n’est pas à 100% plaisante et ici nous en avons expérimenté les travers dans un pays usant moralement.

Après mon atterrissage, les filles en tenus traditionnelles de Quétzaltenango s’empressent de me questionner et discuter, je demande à Steve d’immortaliser notre rencontre entre nana.

À partir de Panajachel, sur les rives du Lac Atitlán, la décision est prise de partir en direction de Tikal. Une des plus grandes cités à l’époque de l’âge d’or de la civilisation Maya. En pratique, cela implique un détour de près de 1000 km et une route très difficile sur tous les aspects. Un dénivelé impressionnant pour le peu de kilomètres, des routes inclinées à t’en faire péter le cœur et des zones inhospitalières.
Tout un programme.

Les pentes soutenues du Guaté !
Un des pires cols pour arriver à Cunen.

Nous nous sommes tant demandé si Tikal valait ces efforts. La beauté des paysages traversés atténue parfois la démotivation à la vue du prochain col pour sortir du fond de ces vallées. Les descentes aussi belles soient-elles, deviennent détestables lorsque tu aperçois ce qui t’attend à remonter de l’autre côté.
Combien de fois j’ai eu envie de détruire ce vélo qui m’en fait voir de toutes les couleurs, lorsque la pente terreuse s’incline à un point où même pousser ton vélo chargé devient débile. La solution étant de faire des Z d’un côté à l’autre, et tendant bien l’oreille pour repérer le moindre bruit de moteur et ainsi se rabattre du bon coté du chemin avant la déferlante de poussière. Combien de fois avons-nous eu envie de saboter les klaxons qui nous doublent en pleine montée et qui lâchent ces « doux » bruits en signe d’encouragements.
Cela nous fait bien rire à posteriori, lorsque l’on repense à tous ces moments.Mais quel bonheur lorsque nous en avons terminé avec ces montagnes Russes. La relative plate région de Petén nous réconcilie légèrement avec les ingénieurs des Ponts et Chaussées Guatémaltèques. Ils ont sûrement comploté avec leurs homologues Martiniquais pour construire les routes les plus raides possible. Les saligauds.

Toi, si continues à me gonfler, tu vas finir plus vite que prévu dans la cale d’un voilier.
Ça va piquer! Celle la était courte mais raide.
Effondrements réguliers sur la route de montagne du Guatemala
Gravier, gravillons et montagne à perte de vue, on transpire
A partir d’ici, il n’y a plus qu’à regrimper encore et encore.
Sandrine quand elle jette son vélo de côté pour une pause

Le contact avec la population dans les zones très reculées est parfois compliqué et loin d’être réjouissant. Jamais nous avions rencontrés autant d’hommes malhonnêtes, vulgaires et irrespectueux depuis le début de notre voyage. Entre Antigua et la région de Petén, d’un village à un autre la musique peut s’avérer très différente, du grand sourire aux insultes, aux gestes déplacés et aux cailloux jeté dans nos roues, il n’y a qu’un pas. À vélo, il est compliqué de fermer les fenêtres pour ne pas entendre ce genre de stupidité. Les tentatives d’arnaques vont bon train lorsqu’il s’agit de nous soutirer un peu d’argent. Des arnaques évidemment intelligentes et discrètes. Il parait que plus c’est gros, plus ça passe.

Nous apprendrons par la suite que dans ces zones de nombreux kidnappings d’enfants indigènes, par des blancs, ont été reportés. Une peur du blanc s’est ainsi installée, ce que nous comprenons désormais. Les habitants de ces régions sont donc évidemment fermés et la moindre tentative discussion finit souvent et rapidement en moquerie. À vrai dire, l’Espagnole n’est que très peu parlé dans ces régions, à l’inverse du Quiché, qui est une des 20 langues du peuple Maya. Au Guatemala, il existe 23 langues officielles dont 20 sont des variantes du Quiché parlées activement par le peuple Maya.

Chichicastenango.
Chichi, un des hauts lieux actuels de la culture maya.


A contrario, dans certaines bourgades l’accueil s’est avéré plus agréable. À Sacapulas, un homme assis au bord de la route nous alpague par le traditionnel : Hey Gringo! Nous l’ignorons d’emblée, mais ne trouvant aucun hébergement jusqu’à la fin du village, nous faisons demi-tour.
Nos multiples demandes pour planter notre tente restant vaines, un nouveau tour de bourgade s’impose. Nous repassons devant cet homme et évidemment on entend: hey gringo », mais cette fois-ci le ton est plus avenant. On hésite à s’arrêter. Étant donné que sa famille est présente, nous lui laissons une chance.
La discussion s’engage et on lui explique que l’on cherche un endroit pour notre tente. Ni une ni deux Rolly accepte gentiment et nous offre un endroit pour camper. Parfait ! Rolly et sa famille font partie d’une Église évangélique et ce soir-là c’est l’anniversaire de la communauté. Après quelques discussions autour d’une bonne Pupusa, ils nous invitent à cette fête annuelle. Difficile de dire non, même si d’emblée l’idée ne nous attire pas vraiment. C’est le moins que l’on puisse dire.

Rolly répétera souvent avec son grand sourire: « l’aventura del viage, l’aventura del viage, comme pour nous motiver un peu plus à chaque fois. Il finira par nous convaincre et nous embarquer avec toute sa famille à la soirée. Rolly nous promet tout de même qu’après 21 heures passées, nous serons rentrés au bercail. Voilà un argument qui vaut son pesant de cacahuètes. À peine acceptée, les femmes de la maison proposent à Sandrine une tenue « conventionnelle » cachant ses jambes. La situation devient comique, quand on voit la robe moulante zébrée, qui effectivement descend au talon mais, laisse entrevoir au plus près toutes ses courbes. Malgré notre volonté de ne faire qu’un avec les murs de la salle de messe, nous ne passons pas inaperçu. Évidemment tout le monde nous épie du regard à notre arrivée en se demandant ce que l’on pouvait bien trafiquer ici à Sacapulas, en ce samedi soir pluvieux, au sein de leur communauté.

La soirée s’apparente plus à un concert qu’à une messe et l’ambiance est joviale (boite de nuit) et détendue. Assez improbable tout de même de voir des gens prier en levant les bras au ciel sur les rythmes de Shakira, et des reggaetons les plus populaires du pays. Difficile, également, d’imaginer le matin que la journée se terminerait ainsi. L’imprévu du voyage peut s’avérer effrayant au début mais, au fil du temps il devient presque addictif.

Après de nombreuses montées et descentes dans un pur style Guatémaltèque, qui tape sur le système, nous apercevons enfin la plaine de la région de Péten. Elle signe la fin de cet épisode montagneux.
Quelques 250 km plus tard et de la jungle à perte de vue, la reposante ville de Flores est atteinte sur les rives du Lac Péten-Itza. Un vrai plaisir de retrouver des personnes accueillantes et intéressantes dans cette région du nord du pays.

Un repos bien mérité nous attend chez Angelica et surtout une visite magique de Tikal et Yaxha.

À Tantôt.

Publié par Sandrine

Sandrine ROY | circumnavigating the globe since 2020 and cycling across the continents.

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